ATTENTION ! CE QUI SUIT NE SERT A RIEN.
Je pense à toi, vieil aède, qui du fond des âges chanta la divine ruse d'Ulysse aux mille tours. Puisse la Muse m'être favorable aussi et porter ma voix aux quatre coins de la terre, afin que nul n'ignore les exploits des Gregorian Boys ! J'eusse voulu les conter tous, tant ils sont merveilleusement beaux, tant ils resplendissent de l'éclat du plus grand des courages, tant ils méritent leur place aux côtés des batailles d'Achille ou des voyages d'Enée. Mais les aventures des GB sont longues, et le temps est court... Je veux cependant graver dans le marbre certaines d'entre-elles - et laisser à d'autres, je l'espère, le soin de conter les manquantes. En voici une qui de votre part mérite la plus grande attention.
Comment les Gregorian Boys, à court de pâtes, inventèrent un nouveau plat.
C'était en l'an de grâce deux mille huit. La saison des rires et des jeux, des longues siestes languissantes, des soirées infinies battait son plein. Nos quatre intrépides héros s'étaient réunis une nouvelle fois, éprouvant le désir de mettre en commun leurs pensées sur moult sujets épineux, et en quelques heures de discussion mesurée, ils parvinrent à résoudre maintes questions ardues :
- Si cacereque pissere una potest : s'il est possible de chier et pisser en même temps.
- De modo cacandum : des façons de chier.
- Cur fayoti cacere faciunt : pourquoi les fayots font chier.
Mais le plus grand de tous leurs résultats de cette journée, ils l'atteignirent quand ils s'avisèrent de se sustenter. N'ayant ni pâtes, ni riz, ni pizzas à portée de bouche - simple mets qui sont à l'ordinaire la ressource première des divins GB - ils décidèrent soudainement de faire encore une fois preuve de génie et d'inventer une nouvelle recette. Rian à la barbe d'airain se saisit lestement d'oeufs, et d'un geste tout plein de grâce, en brisa la coquille avec précision, cependant qu'avec vivacité, Bastien à la large poitrine hachait menu force lardons. Flo à la canine sémillante épluchait au même instant avec une délicatesse infinie de belles pommes de terre dorées que Frédo au crâne rutilant se chargeait par la suite de découper savamment en fines lamelles. Puis, dans un même mouvement, entraînés par l'inspiration, la verve, le don, ils rassemblèrent les aliments, et les mélangèrent indifféremment avant de laisser couler le tout dans une poêle. Quelques minutes plus tard, l'évidence se tenait là, sous leurs yeux ébahis encore de l'immensité de l'Oeuvre produite presque fortuitement, presque involontairement, sous l'emprise d'une voix divine, d'un Destin supérieur. Rien ne manquait. Tout était là, dans cette poêle si simple, dans cette cuisine sans prétention, en ce jour ordinaire : le goût, la force, la pensée et l'éclair fugitif de ce qui échappe toujours à l'homme dans le Génie. La Bouillie Grégorienne était née.
Quant à ceux qui prétendent à voix basse - sans doute parce qu'ils ont eux-mêmes honte de leur infamie - que ce plat n'est au fond qu'une omelette ratée, ceux-là, je vous le dis en vérité, ne sont point gens à qui l'on peut se fier : ils sont l'Esprit qui toujours nie, la fange du monde et doivent être voués à l'opprobre.